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Entretien publie dans Ouest-France le 28 avril 2018

Clotilde Valter,

ex-secrétaire d’État à l’Apprentissage et ex-députée PS du Calvados. Elle a réintégré l’inspection générale de l’administration au ministère de l’Intérieur.

Comment analysez-vous l’échec, avec le recul ?

Depuis un certain temps, l’élection présidentielle est devenue non pas « un vote pour », mais un « vote contre ». Et la montée des extrêmes n’a fait que renforcer cette évolution. Le deuxième élément, c’est que l’on a eu une gauche qui s’est divisée dans l’exercice du pouvoir, les premiers à critiquer étant au sein même de la gauche.

Quelles ont été les erreurs de la gauche ?

Le Parti socialiste a payé ses divisions, ses désordres et les jeux personnels d’un certain nombre de ses leaders. Le troisième élément de l’échec, c’est que l’action qui a été conduite pendant les cinq ans a sans doute été mal expliquée, mal comprise, dans la mesure où on a vite oublié l’état catastrophique dans lequel le président Hollande avait trouvé le pays.

En quoi les promesses du macronisme vous semblent non tenues ?

En 2017, on était dans le rejet de la droite, de la gauche et aussi du Front national et Emmanuel Macron est apparu comme une alternative incarnant la jeunesse, un espoir, une vision positive de l’avenir. Aujourd’hui, la difficulté du président de la République c’est que son électorat du 7 mai qui a voté contre le Front national n’est pas homogène et qu’une partie de ses électeurs ne se retrouve pas dans son projet politique et se sent trahi d’une certaine façon.

Que reprochez-vous au président de la République ?

Dans l’exercice du pouvoir, il a une conception très verticale, avec un Président qui pèse et qui prend les décisions, et par ailleurs il y a un affaiblissement du Parlement dans son ensemble. Ce qui est grave du point de vue de la démocratie, c’est que la réforme des institutions va encore affaiblir le Parlement et va aggraver les choses en accentuant la concentration des pouvoirs aux mains d’un seul homme.

Aujourd’hui, une politique de gauche peut-elle se faire autrement ?

C’est clair que l’on a eu en 2017 une défaite qui, par son ampleur, met en cause l’existence même de ce que l’on représente sur le champ politique, c’est-à-dire un parti de gouvernement. Emmanuel Macron a tout bouleversé et l’on est dans une problématique nouvelle. C’est l’enjeu aujourd’hui de la recomposition à gauche.

Autour de quelles valeurs devez-vous vous fédérer ?

Il faut que la gauche retrouve une place dans le débat politique, une voix, une ligne politique à proposer. Il faut aussi que l’on retrouve la confiance des Français et que l’on soit crédible. Il faut que l’on arrive à se repositionner avec une identité qui soit celle d’un parti de gouvernement, social-démocrate, écologiste, européen et qui tienne sur cette position, sans se laisser entamer par les populismes d’une certaine gauche qui ne veut pas de compromis avec le réel.

Recueilli par Anne BLANCHARD-LAIZE.